Ce monde: aire de jeux ou champ de bataille?

par A. W. Tozer

POUR L’HOMME, les choses ne consistent pas seulement en ce qu’elles sont réellement, mais aussi en l’importance qu’on leur donne. Autrement dit, à long terme, l’attitude que nous avons envers les choses risque d’avoir plus d’importance que la chose en elle-même. Ceci est un fait indéniable, et bien que banal nous ne devons pas le négliger.

Il est étonnant qu’un fait puisse demeurer immuable au travers des années, et que notre interprétation de ce fait évolue de génération en génération. Prenons, par exemple, le monde dans lequel nous vivons. Le monde est aujourd’hui ce qu’il a été durant des siècles. C’est une chose relativement stable, qui change peu avec le passage du temps, mais notre vision de celui-ci est tellement différente de celle qu’avaient nos pères! Nous voyons ici combien est grand le pouvoir de l’interprétation. Pour chacun de nous, le monde n’est pas seulement ce qu’il est réellement – il est aussi comme nous le considérons. Et quelle importance il y a, à ce que notre interprétation soit correcte !

Nous n’avons pas besoin de remonter plus loin que quelques siècles pour constater le gouffre qui existe entre notre vision moderne du monde, et celle de nos pères. A l’époque où le christianisme exerçait une grande influence sur la pensée des gens, les hommes et les femmes considéraient que le monde était un champ de bataille. Nos pères croyaient que le péché, le diable et l’enfer constituaient l’une des parties, et que Dieu, la justice et le paradis en constituait une autre. De par leur nature, ces forces étaient opposées les unes aux autres dans un combat profond, acharné et irréconciliable. Pour nos pères, tout être humain devait prendre partie — aucun ne pouvait rester neutre. Pour eux, c’était la vie ou la mort, le paradis ou l’enfer, et s’ils choisissaient d’être du côté de Dieu, ils pouvaient s’attendre à être en guerre avec les ennemis de Dieu. Le combat allait être rude et mortel, et il allait durer tant que la vie continuerait sur terre. Les gens anticipaient l’arrivée au paradis comme s’ils revenaient de la guerre, posant l’épée pour enfin profiter en paix du foyer qui leur avait été préparé.

Les sermons et les hymnes de cette époque avaient souvent un ton guerrier, et évoquaient souvent le mal du pays. Les soldats chrétiens pensaient à leur foyer, au repos et aux retrouvailles, et leurs voix trahissaient leur douleur alors qu’ils chantaient la fin de la bataille et la victoire ultime. Mais qu’ils affrontent les canons de l’ennemi ou qu’ils rêvent de la fin de la guerre et de l’accueil du Père, ils n’oubliaient jamais la nature du monde dans lequel ils vivaient – c’était un champ de bataille, et il y aurait beaucoup de blessés et de morts.

Sans aucun doute, cette vision du monde est totalement scripturaire. Même en tenant compte des figures et des métaphores qui abondent dans les Écritures, il n’en demeure pas moins que cela constitue une solide doctrine biblique: le monde recèle des myriades de forces spirituelles. L’humanité, de par sa nature spirituelle, est impliquée dans le combat. Les puissances maléfiques font tout pour nous détruire, tandis que Christ est présent pour nous sauver au travers de la puissance de évangile. Pour obtenir la délivrance, nous devons nous placer du côté de Dieu par la foi et l’obéissance. Voilà succinctement ce que nos pères croyaient et ce que nous croyons que la Bible enseigne.

Comme cela est différent aujourd’hui! Le fait demeure inchangé, mais son interprétation a complètement changé. Les gens ne pensent pas au monde comme étant un champ de bataille, mais plutôt comme étant une aire de jeux. Nous ne sommes pas ici pour nous battre, nous sommes ici pour jouer. Nous ne sommes pas sur une terre étrangère, nous sommes chez nous. Nous ne nous préparons pas pour vivre, nous vivons déjà, et ce que nous avons de mieux à faire, c’est de nous débarrasser de nos inhibitions et de nos gênes et de vivre cette vie pleinement. Nous estimons que nous avons résumé ici la philosophie religieuse de l’homme moderne, qui est ouvertement reconnue par des millions de personnes et tacitement convenue par autant de personnes qui vivent cette philosophie sans l’avoir exprimée verbalement.

Cette nouvelle attitude envers le monde a eu un effet auprès des chrétiens, y compris des chrétiens évangéliques qui se réclament de la foi biblique. C’est très étonnant, mais par un jeu d’écritures, ils réussissent à faire une erreur dans l’addition et prétendent obtenir le bon résultat. Cela semble fantastique, mais c’est vrai.

L’idée que le monde est une aire de jeux au lieu d’un champ de bataille est maintenant reconnu dans la pratique par la vaste majorité des chrétiens fondamentalistes. Si on leur demandait d’exprimer clairement leur position, ils essaieraient sans doute de détourner la question, mais leur comportement les trahit. Ils se tournent dans les deux directions à la fois, se réjouissant en Christ et dans le monde, déclarant allègrement à tous qu’accepter Jésus ne les oblige pas à abandonner leurs plaisirs – le christianisme c’est vraiment ce qu’il y a de plus amusant. La « louange » qui découle d’une telle vision de la vie est aussi fausse que l’est la vision en elle-même – c’est une sorte de boite de nuit sanctifiée, mais sans le champagne et les ivrognes en costard.

Cela est devenu tellement important qu’il incombe à chaque chrétien de réexaminer sa philosophie spirituelle à la lumière de la Bible. Ayant trouvé le chemin scripturaire, il se doit de le suivre, même si pour ce faire il doit se séparer de choses qu’il avait acceptées comme étant vraies mais qui, à la lumière de la vérité, s’avèrent être fausses.

Pour avoir une vision juste de Dieu et du monde à venir, nous devons avoir une vision juste du monde dans lequel nous vivons, et de notre rapport avec celui-ci. Tant de choses dépendent de cela que nous ne pouvons nous permettre d’être négligents à ce sujet.

A.W. Tozer


« Si on croit que ce monde a été conçu pour notre bonheur, alors on le trouvera intolérable. Mais si on le considère comme un lieu d’entraînement et de correction, ce n’est pas si mal… » – (CS Lewis: Dieu au Banc des Accusés)

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